Un jour, j’ai un peu touché l’arrête du mur des waters avec sa tête. Rien de grave, il n'avait pas mal du tout.
Quand je l’ai remis sur son fauteuil, il y avait du sang sur son t.shirt. Il avait une toute petite éraflure mais pour moi c’était la catastrophe: j’étais capable de lui faire mal.
Un autre jour ce fut le genou, où là il a vraiment cru que c’était grave. Il a eu mal pendant 15 jours…
Beaucoup de culpabilité de ma part ; je devais faire plus attention encore. Je me rends compte aujourd’hui que nous vivons ensemble que ces gestes devenus automatiques doivent être d’une grande précision. L’habitude ne doit pas faire oublier l’importance de mes gestes. Je ne dois pas me laisser perturber, l’erreur a un coût bien trop important.
Je reste donc vigilante, attentive à ce que je fais. J’ai appris à mesurer ma force, calculer mes mouvements par rapport aux siens, toujours les mêmes et bien précis.
Je suis responsable de lui, de son bien-être et de sa santé.
Il peut dire la même chose sur moi.
Nous nous apportons notre aide. Je suis sa force et il est la mienne.
J’ai pas le moral aujourd’hui. Je me dis que sa maladie va nous séparer et que je ne pourrai pas le supporter.
Si je ne l’aimais pas si fort, je partirais en courant.
Mon amour pour lui est tel qu’il me ramène toujours dans ses bras.
Je ne le quitterai jamais et je ne veux pas qu’il me quitte.
Quelle est cette envie folle qui me pousse à vouloir un enfant de lui ?
Pas trop difficile à comprendre ; juste une envie d’être comme tout le monde: heureux.
Je m’imagine déjà quel bonheur serait de lui mettre notre enfant ses bras pour la première fois…
Envie que l’homme devienne père.
Envie de porter son enfant en moi
Envie de ce cadeau de la vie, un cadeau d’amour, un mélange de lui et de moi.
Nous savons tous les deux que ceci est un projet égoïste ; combien de temps cet enfant connaîtra-t-il son père ?
Je pars dans l’idée qu’il nous sera impossible d’en avoir. Staral doit faire des examens pour ça.
Nous savons que nous avons très peu de chance d’y arriver, et cela vaut peut-être mieux ainsi.
Je vais mal dormir ce soir. Je vais le toucher pendant longtemps pour que sa présence rassure mes angoisses. Je vais l'écouter respirer et puis surement m'endormir.
Lui, moi et sa maladie....
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Son handicap est tel que je dois m’occuper de lui comme je le fais pour moi. Je me lève, je m’habille, je me lave, je vais aux toilettes, je déjeune. Je le lève, je l’habille, je le lave, je l’emmène aux toilettes, il déjeune.

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